La Mort de Santini, de Pat Conroy – L’interview de Cassandra King Conroy

L’écrivain Cassandra King Conroy a eu l’extrême gentillesse de répondre à mes questions sur le dernier livre de son mari Pat Conroy La Mort de Santini. Elle est elle-même un personnage du livre et je vous laisse découvrir son point de vue :

You and Pat were two writers living and working under the same roof. To what extend did you influence each other in your writings?
Pat et vous-même, tous les deux écrivains, avez vécu et travaillé sous le même toit. Dans quelle mesure vous êtes-vous mutuellement influencés dans votre travail ?

Cassandra King Conroy : It worked out so well for Pat and I to be writing under the same roof that I’ve decided writers should only marry other writers. (Maybe I’ll set up a dating service.) No, really, it worked out well for us because we each understood that a writer must have a lot of solitude in order to work. In addition, writers live in their own little world, and a spouse can feel left out or even resentful. A writer’s not always willing to stop the creative process in order to go to a party, say, or listen to another’s problems. It can take a toll on a marriage. As to how we influenced each other? I wish. If only Pat’s uniquely beautiful prose style had rubbed off on me!

Cela a tellement bien fonctionné pour nous deux d’écrire sous le même toit que j’en suis arrivée à la conclusion qu’un écrivain devrait systématiquement épouser un autre écrivain (Je vais peut-être lancer un club de rencontre). Non, vraiment, cela a bien marché pour nous car nous comprenions tous les deux qu’un auteur a besoin de beaucoup de solitude pour écrire. De plus, les écrivains vivent dans leur propre petit monde si bien qu’une épouse peut se sentir mise à l’écart et même en nourrir du ressentiment. Un écrivain n’est pas toujours être prêt à stopper le processus de création pour se rendre à une fête ou bien pour écouter les problèmes de quelqu’un d’autre. Ça peut mettre à mal un mariage. Quant à savoir si nous nous sommes mutuellement influencés ? Je l’espère. Si seulement le style merveilleux et sans pareil de Pat avait déteint sur moi !

What are your writing rituals? What were Pat’s? Were they similar?
Quels sont vos rituels d’écriture ? Quels étaient ceux de Pat ? Étaient-ils similaires ?

Cassandra King Conroy : Pat and I had very different writing rituals. I’m a morning person and he wasn’t. So I got up early to work while he didn’t start working till after lunch. He wrote by hand and I compose on the computer. But both of us had a tendency to lose track of time when in the middle of a writing project. He approached his writing with a great intensity that took a lot out of him, and he often said he had a breakdown with each book. So he’d tease me for enjoying writing while his approach was more blood, sweat, and tears.

Pat et moi avions des rituels d’écriture très différents. Je suis du matin et il ne l’était pas. Je me levais donc tôt pour travailler alors qu’il ne commençait à travailler qu’après le déjeuner. Il écrivait à la main et j’utilise l’ordinateur. Mais nous avions tous les deux tendance à perdre la notion du temps quand nous étions au milieu d’un projet de livre. Il abordait l’écriture avec une grande intensité qui lui demandait beaucoup et il disait souvent qu’il avait fait une dépression  pour chacun de ses livres. Il me taquinait donc sur le plaisir que j’ai à écrire alors que son approche était plutôt sang, sueur et larmes.

We know that Don Conroy was fond of you, how would you describe your relationship with Pat’s father?
Don Conroy, alias Le Grand Santini, vous aimait beaucoup. Comment décririez-vous votre relation avec le père de Pat ?

Cassandra King Conroy : I only knew the Great Santini for a year before his death, but I became very fond of him. Despite his stern, intimidating demeanor, he was courtly and kind to me. I treated him like I did my own father, who also had a gruff manner, by laughing off his gruffness and appealing to his gentler side. And yes, he did have one, though it took a lot for him to show it. By the time I came into the picture, Pat and his dad had come to an understanding, I think. Their relationship was always volatile, but Pat had proven that he wouldn’t take any of Santini’s bullying and would call him out if necessary. It was really touching to see Pat take such good care of his father during the last few months of his father’s life.

Je n’ai fait la connaissance du Grand Santini qu’un an avant sa mort mais je me suis beaucoup attachée à lui. Malgré son allure sévère et intimidante, il était courtois et gentil avec moi. Je l’ai traité comme j’ai traité mon propre père, qui était également un ours mal léché,  en riant de son caractère bourru et en faisant appel à son côté plus doux. Car oui, il avait un côté doux, même s’il lui en coûtait beaucoup de le montrer. À l’époque où je suis entrée dans leur vie, je crois que Pat et son père étaient parvenus à une entente. Leur relation a toujours été versatile mais Pat a prouvé qu’il ne tolèrerait aucune brutalité de la part de Santini et qu’il le rappelerait à l’ordre si nécessaire. Ce fut vraiment touchant de voir Pat prendre aussi bien soin de son père durant les derniers mois de sa vie.

Was it a hard time for Pat writing The Death of Santini? Did you sense a relief in your husband after the completion of the book?
L’écriture de la Mort de Santini a-t-elle été un moment difficile pour Pat ? Avez-vous constaté un soulagement chez votre mari après l’achèvement du livre ?

Cassandra King Conroy : Pat struggled a lot with writing The Death of Santini and felt a great relief when he turned in the final draft. He had to revisit old hurts and pains that he’d had to put behind him and move on, and that’s never easy. It brought back a lot of feelings and unresolved issues with his family and others that he would’ve preferred not to stir up again. But he felt his life story would never really be complete until he dealt with the final saga of the most influential relationship of his life, that with his father.

Pat a beaucoup souffert en écrivant la Mort de Santini et il a ressenti un grand soulagement en remettant le manuscrit définitif. Il lui a fallu revisiter de vieilles blessures et d’anciennes douleurs qu’il avait dû laisser derrière lui pour avancer et ce n’est jamais facile. Cela a ressuscité beaucoup d’émotions et de questions non résolues avec sa famille et avec d’autres, qu’il aurait préféré ne pas remuer à nouveau. Mais il avait le sentiment que l’histoire de sa vie ne serait jamais vraiment complète s’il ne s’attaquait pas à la saga finale de la relation la plus déterminante de sa vie : sa relation avec son père.

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« À cette époque, l’adorable Cassandra King était entrée dans ma vie et s’était jointe à moi pour quotidiennement prendre soin de Santini et pour le nourrir. Toujours mal à l’aise à l’idée de parler des rivières d’émotions que ses enfants charriaient avec eux, Papa n’évoqua jamais directement son affection pour Cassandra. Cassandra, qu’il appelait généralement Sandra, vivait avec moi depuis quelque temps et j’avais enfin trouvé la femme que je voulais à mes côtés sur mon lit de mort. Papa ne désirait aucunement étudier les préoccupations plus profondes qu’il avait en lui mais il remarqua et apprécia le calme de Sandra alors que les cumulo-nimbus des Conroy se formaient à l’horizon. »

« J’épousai Cassandra King une semaine après la mort de mon père. Ce fut la première étape d’un long travail de restauration sur la forme et sur l’architecture de mon âme agitée. Mais j’avais besoin de douceur dans la vie et d’une source infinie de compréhension. Cassandra et moi étions devenus inséparables durant la dernière année de vie de Papa, quand nous veillions sur lui. J’étais tombé amoureux d’une femme tombée sous le charme du Grand Santini. Je ne pouvais rien faire de mieux dans cette vie et Cassandra m’apporta la part d’amour que je pensais ne jamais trouver sur cette terre. »

Extraits de La Mort de Santini, l’histoire d’un père et de son fils –  Pat Conroy – éditions Le Nouveau Pont.

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Mariage de Pat et de Cassandra en mai 1998

 

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