2 auteurs américains de poids pour 2 livres poids plume à glisser dans la valise

Super idée du jour : des mini-romans pour les vacances ! En voici deux, l’un de Richard Ford et l’autre de Joyce Carol Oates.

Je pioche toujours une partie de mes lectures dans les sélections des bibliothécaires et cette semaine, un large choix de livres de poche ultra légers à glisser sans modération dans les bagages était à notre disposition. Je me suis emparé de deux d’entre eux mais je n’ai pas attendu le départ en vacances pour les lire. Comme ils sont courts, je serai brève.

Ma mère de Richard Ford, trad. Béatrice Matthieussent, 70 pages, éd° Points

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Fils unique, désiré et choyé par ses parents, Richard Ford a vécu une enfance qu’il qualifie d’heureuse.

Quand Richard naquit en 1944,  le couple avait déjà partagé 15 ans d’une vie commune peu conformiste sur la route, de ville en ville et d’hôtel en hôtel, au gré des déplacements de Parker, représentant de commerce en amidon.
Puis la naissance de Richard fut le départ d’une vie rangée de mère au foyer pour Edna, dont le mari rentrait tous les week-ends à la maison.

« Her ambition was to be, first, in love with my father and, second, to be a full-time mother. »

Mais Parker eut une attaque cardiaque qui l’affaiblit considérablement puis une autre qui eut raison de sa vie alors que son fils n’était âgé que de 16 ans. L’auteur avoue avoir été façonné par son statut de fils unique et par la mort prématurée de son père.

Ford écrivit ce texte peu de temps après la mort de sa mère. Qui était-elle avant sa naissance, qui était-elle pendant son enfance et qui était-elle après son départ pour l’université ?

Dans ce bref récit peu ordinaire sur une famille ordinaire, le traitement des personnages est remarquable et la prose minimaliste.

(Et pour une lecture plus conséquente et plus complète, on pourra également retrouver ce même texte dans le dernier livre de Richard Ford « Entre eux », tout juste sorti chez l’Olivier (190p). Le livre s’articule en deux volets : l’un consacré à sa mère et l’autre à son père.)

Reflets en eau trouble de Joyce Carol Oates, trad. Hélène Prouteau, 160 pages, chez Babel

Reflets en eau trouble

Joyce Carol Oates signe un court roman qui retrace les pensées d’une jeune femme victime d’un accident et attendant les secours.

Elizabeth Ann Kelleher, alias Kelly, est une belle jeune fille de 26 ans, diplômée de Brown et passionnée de politique. Lors d’une réception chez une amie, elle est présentée à  un charismatique sénateur auréolé de pouvoir. Séduite, elle accepte de s’échapper en voiture avec lui. Il a bu, roule vite pour arriver à l’heure pour le ferry, commet une erreur et c’est la sortie de route : la voiture s’enfonce dans l’eau boueuse des marécages.

Le sénateur n’est pas nommé mais le roman s’inspire d’un fait divers similaire qui avait fait grand bruit aux USA en 1969, impliquant le sénateur Ted Kennedy et Mary Jo Kopechne sur l’île de Chappaquiddick. À l’époque, ressentant de l’empathie pour la victime, l’auteure avait déjà commencé à prendre des notes sur l’affaire.  Et elle tient à préciser qu’il ne s’agit pas d’un livre sur ce fait divers en particulier. Elle voulait que Reflets en eau trouble symbolise ces situations dans lesquelles une jeune femme donne toute sa confiance à un homme plus âgé et se retrouve trahie en retour.

Joyce Carol Oates donne ainsi la parole à la victime et nous fait remonter le temps par bribes : enfance, adolescence, université. Par quels chemin du destin la jeune fille en est-elle arrivée à ce point de non retour ?

L’auteure excelle à se mettre dans la peau un personnage vivant peut-être ses dernières heures.

C’est un très bon livre !

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