Une saison de coton : trois familles de métayers

1936.  Le magazine Fortune passe commande à l’écrivain américain James Agee et au photographe Walker Evans. Il s’agit de produire un article sur les conditions d’existence des métayers paupérisés du Sud du Pays.

C’est l’époque de la Grande Dépression mais aussi celle du « Dust Bowl » quand  d’immenses tempêtes de poussières détruisaient toutes les récoltes. Le New Deal de Roosevelt est déjà en marche et il comprend notamment des programmes agricoles.

Walker Evans, imposé par Agee, avait déjà travaillé au côté de plusieurs grands noms de la photographie pour le projet photographique  de la Farm Security Administration. Organe issu du New Deal, la FSA avait pour mission de combattre la pauvreté en milieu rural. Le projet photographique était sensé faire connaître l’Amérique aux américains et sensibiliser le grand public au triste sort des métayers et des travailleurs agricoles. Son retentissement fut immense et certains clichés sont aujourd’hui iconiques.

Mais revenons à notre livre. Le travail de terrain eut bien lieu mais l’article ne parut jamais. D’une part, son format n’était pas adapté au public ciblé et d’autre part, la vérité qu’il révélait était certainement trop difficile à entendre pour les lecteurs du magazine.

De cette expérience naquit toutefois le célèbre roman de James Agee :  Louons maintenant les grands hommes.

Une Saison de coton : trois familles de métayers est donc cet article d’origine de 30 000 mots,  jamais édité jusqu’à l’année 2013 où il parut finalement aux États-Unis sous forme de livre et sous le titre de Cotton Tenants : Three Families (manuscript redécouvert par hasard une dizaine d’années auparavant).

Que se passa-t-il donc en 1936 ?

Agee et Evans séjournèrent six semaines en Alabama et s’immergèrent dans la vie quotidienne de trois familles pauvres, proches de part leurs liens familiaux : les Tingle, les Fields et les Burroughs.

L’approche se veut scientifique et l’auteur circonscrit bien son travail, justifiant ses choix auprès des lecteurs.

Le ton sobre et détaché cache une énorme empathie pour les métayers et leur famille. Les descriptions (mobilier, dépenses, cultures, relations…) se veulent exhaustives.

J’ai lu ce livre avec beaucoup d’intérêt et l’univers décrit par Agee et illustré par les trente photos de Walker Evans est dur à contempler. Une chose m’a toutefois beaucoup manqué voire dérangée : j’aurais vraiment aimé entendre ce que les membres de ces trois familles avaient à dire.

Je pense combler cette lacune par la lecture de Louons maintenant les grands hommes.

Bonne lecture à vous et merci à Cécile pour le livre !

P.S. : à signaler également And Their Children After Them : The Legacy of Let Us Now Praise Famous Men: James Agee, Walker Evans, and the Rise and Fall of Cotton in the South, enquête de Dale Maharidge et Michael Williamson (photographe) sur les descendants des trois familles choisies par Agee et Evans, prix Pulitzer en 1990.

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