Lectures d'Amérique...

J.D. Vance, Hillbilly Elegy : témoignage sur une classe ouvrière marginalisée

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Alors que Trump a vraisemblablement séduit les électeurs de la classe ouvrière blanche, J.D. Vance nous offre un témoignage de première main en partageant avec nous sa propre histoire familiale. Son livre est paru en septembre 2016 et figure toujours sur la liste des bestsellers du NYT.

L’auteur est diplômé de Yale. Une fois admis dans la prestigieuse université de la Ivy League, il a fait ce constat : très peu d’étudiants étaient comme lui issus de la classe ouvrière blanche. Il s’est alors posé ces questions : pourquoi était-il la seule personne de son lycée à avoir jamais intégré une école de la Ivy League ? Pourquoi son milieu d’origine était-il si peu représenté  parmi les élites du pays ? Pourquoi tant de familles de la classe ouvrière étaient-elle en grande difficulté sociale ?

L’enfance de  J.D. Vance s’est déroulée entre Middletown, Ohio, ville sidérurgique sinistrée de la Rust Bell et Jackson, Kentucky, petite bourgade rurale des Appalaches, berceau familial.

Constatant l’évaporation du rêve américain pour une grande partie de la population de son pays et la paupérisation des « white blue-collars », il a ainsi souhaité apporter un témoignage de l’intérieur.

Hillbilly Elegy signifie « Élégie pour les pèquenauds ». Hillbillies est le mot employé pour désigner péjorativement les blancs pauvres originaires des Appalaches, sensés être à mille lieux de toute forme de modernité.

L’histoire familiale que Vance nous retrace commence après la deuxième guerre mondiale, par le mariage de ses grands-parents, deux jeunes adolescents qui quittèrent leur Kentucky natal sans un sou en poche pour la ville industrielle de Middletown dans l’Ohio.

La suite est assez chaotique : difficultés à s’intégrer à la classe moyenne urbaine, divorces, violence, pauvreté, maltraitance, alcoolisme, drogue et des enfants élevés dans une totale insécurité affective. Mais le tableau n’est heureusement pas totalement noir et le récit énonce les faits sans être misérabiliste.
Le sous-titre est le suivant :  Mémoires d’une famille et d’une culture en crise. En écrivant son livre, Vance avoue avoir redécouvert les spécificités culturelles de ces Hillbillies partis en masse de leurs collines pour rejoindre les villes industrielles en quête de meilleurs salaires. Il en est aussi arrivé à la conclusion que sa réussite finale était largement due à la solidité de l’affection de ses grands-parents, derniers bastions de cette culture en perdition.

A travers le portrait des membres de sa famille et de leur entourage, l’auteur aborde le sentiment d’impuissance ressenti par ce groupe démographique cantonné dans les poches de pauvreté des villes industrielles sinistrées.

Alors qu’une grande partie de la classe ouvrière blanche a successivement perdu confiance dans les démocrates puis dans les républicains, qu’elle n’a plus confiance dans les médias et qu’elle adhère facilement aux théories du complot, elle a vu en Trump un patriote qui parlait le même langage qu’elle comme on pourrait parler de politique autour de la table de la cuisine.

En conclusion, voici un récit fort intéressant et transposable à bien des égards. Bien écrit, il se lit d’une traite.

 

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