Le test Bechdel et la présence des femmes à l’écran

En 1985, Alison Bechdel imagina, dans une de ses BD, un test permettant de mesurer rapidement la présence active des femmes dans les films.

Voici les trois critères :

  1. Le film doit comporter au moins deux personnages féminins…
  2. qui parlent ensemble…
  3. d’autre chose que d’un homme

On peut compliquer les choses en exigeant que les personnages féminins soient nommés et que leur conversation dure plus de trente secondes.

Ça parait simple mais beaucoup de films ne réunissent pas ses conditions… (cf. Stand By Me, excellent film par ailleurs)

D’abord confidentiel, le test a essaimé la critique depuis quelques années.

Alison Bechdel préfère qu’on l’appelle le test Bechdel-Wallace car c’est l’une de ses amies qui lui aurait soufflé l’idée, certainement inspirée par ces propos de Virginia Woolf dans son essai Une chambre à soi :

« Toutes ces relations entre femmes, pensai-je, en me remémorant rapidement la galerie magnifique des personnages féminins dans la fiction, sont trop simples. Tant a été laissé de côté, sans même essayer de le prendre en compte. Et je tentai de me souvenir d’une occasion, dans le cours de mes lectures, où je rencontrai deux femmes représentées comme des amies. Elles sont confidentes, évidemment, chez Racine et les tragédiens grecs. Elles sont, de temps en temps, mères et filles. Mais, presque sans exception, elles sont montrées dans leur rapport aux hommes. Il était étrange de songer que toutes les grandes femmes de fiction étaient, jusqu’à l’époque de Jane Austen, non seulement vues par l’autre sexe, mais vues exclusivement dans leur relation à l’autre sexe. Il était étrange de songer à quelle petite partie de la vie d’une femme cela représentait, et même ainsi, au peu qu’un homme pouvait en connaître, quand il l’observait à travers les lunettes noires ou roses que le sexe lui mettait sur le nez. De là, peut-être, l’étrange nature de la femme dans la fiction, les saisissants extrêmes de sa beauté et de son horreur, l’alternance entre divine bonté et dépravation infernale ; car c’est ainsi que la voit un amant, selon que son amour soit naissant ou mourant, prospère ou malheureux. Cela n’est pas vrai des romanciers du dix-neuvième siècle, bien sûr. La femme devient alors beaucoup plus changeante et complexe.
[…] Imaginez, par exemple, que les hommes ne soient représentés en littérature que comme les amants des femmes, et ne soient jamais amis d’autres hommes, soldats, penseurs, rêveurs ; combien peu de rôles alors leur seraient réservés dans les pièces de Shakespeare ! Combien la littérature en souffrirait ! Peut-être aurait-on la plupart d’Othello, et une bonne partie d’Antoine ; mais pas de César, pas de Brutus, pas d’Hamlet, pas de Lear, pas de Jaques : la littérature en serait incroyablement appauvrie, tout comme d’ailleurs elle est appauvrie, au-delà de ce qu’on peut imaginer, par toutes les portes qui se sont refermées sur les femmes. »

Pour en savoir plus.

https://en.wikipedia.org/wiki/Bechdel_test

www.bechdeltest.com

Et voici un article rigolo sur quelques films bien connus qui n’ont pas satisfait aux 3 critères (cf. image à la Une) :

http://columbiaspectator.com/arts-and-entertainment/2014/10/02/worst-bechdel-test-failures

 

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