Il faut qu’on parle de Kevin, de Lionel Shriver

Il fallait que je parle d’Il faut qu’on parle de Kevin. Ce roman dérangeant mais captivant nous raconte le cauchemar d’une mère, dont le fils est emprisonné pour avoir perpétré une tuerie dans son lycée. Et c’est la mère elle-même, Eva Khatchadourian, qui prend la parole.

Avant la naissance de son fils, Eva écrivait des guides de voyage et aimait beaucoup sa vie de bohême.  Sa maternité, l’abandon de son style de vie et son emménagement en banlieue sont un vrai sacrifice pour elle.

Avec son fils Kevin, le lien ne se crée pas. Le comportement hostile et démoniaque du petit garçon envers sa mère ne fera que s’accroître : pleurs incessants quand c’est elle qui s’occupe de lui, refus d’apprendre la propreté, comportement pervers avec ses camarades de classe, manipulation du père (qui ne voit pas de problème majeur et trouve mille excuses à son fils). A la naissance d’une petite sœur, qui, elle, n’est que joie et bonheur pour sa mère, Kevin trouve alors d’autres moyens pour tourmenter Eva et dirige ses talents de sociopathe sur la petite fille.

La chronologie du livre n’est pas linéaire. On pense dès le début tout savoir sur le drame final et on pense bien sûr à la tuerie de Columbine de 1999, mais l’histoire nous réserve d’autres surprises.

Le manuscrit de l’auteure Lionel Shriver avait été rejeté de toutes parts avant de devenir un best-seller. Elle l’explique notamment ainsi dans une interview pour le Guardian :

« Eva, is « unattractive »: a woman uneasy about pregnancy, who feels alarmingly blank after childbirth, and fails to form the bond with her boy that we like to imagine is as instinctive as closing the epiglottis when we swallow. The novel breaks one of the last taboos (and how amazing that at such a late date I found a taboo still standing): a mother disliking her son.

Eva n’est pas sympathique : c’est une femme qui vit mal sa grossesse, qui se sent dangereusement vide après son accouchement et qui échoue à créer un lien avec un fils que l’on imagine aussi instinctif qu’il est un réflexe de fermer l’épiglotte pour avaler. Le roman s’attaque à l’un des derniers tabous (c’est incroyable de trouver des tabous encore intacts de nos jours) : qu’une mère puisse ne pas aimer son fils.

De plus, elle a créé un monstre, comme elle le dit elle-même. On ne peut pas s’empêcher de se poser mille questions à la lecture de ce livre : une telle perversité de la part d’un enfant et d’un ado est-elle possible ? Le personnage de Kevin n’est-il pas un peu trop unidimensionnel ? La levée de ce tabou de non-amour maternel ne désigne-t-elle pas trop directement la mère comme coupable ? En bref, c’est un livre effrayant mais très intéressant et c’est heureusement une œuvre de fiction.

Il faut qu’on parle de Kevin n’a d’ailleurs pas bénéficié de budget publicitaire aux États-Unis et a profité du bouche à oreille. Lynne Ramsay a découvert le livre de cette façon et en avait acheté les droits cinématographiques avant le buzz.

Il faut qu'on parle

Bonne lecture et merci à Catherine pour ce conseil !

 

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