Euphoria, de Lily King

En route pour la Nouvelle-Guinée en compagnie de trois anthropologues de l’entre-deux-guerres. Pour ce roman, Lily King s’est inspirée de la vie de Margaret Mead, de son mari de l’époque, le néo-zélandais Reo Fortune et de l’anglais Gregory Bakeson.

 

Les personnages, tout comme les tribus qu’ils étudient, sont néanmoins fictifs et n’ont pas les mêmes trajectoires dans le livre que dans la vraie vie.

Mais l’ambiance du roman restitue bien l’euphorie que ces pionniers au carrefour de toutes les sciences sociales ont pu ressentir en réalisant leurs recherches sur le terrain.

A cette époque, l’anthropologie était en pleine transition et abandonnait progressivement l’idée que le modèle ultime de toute société ne pouvait être que le modèle occidental. Les études de terrain se multipliaient et Margaret Mead a beaucoup contribué à faire connaître cette science. Pour info, Levi Strauss a commencé ses premiers travaux de terrain entre 1935 et 1939 au Brésil.

Trois anthropologues, trois approches différentes :

Nell Stone est une bosseuse invétérée, toujours un carnet à la main et toujours dans une démarche méthodique et scientifique. Elle et son mari Fen s’installent pour plusieurs mois avec beaucoup de matériel au sein des tribus qu’ils étudient, s’attachent les services d’indigènes pour la cuisine et l’intendance et se consacrent uniquement à leur travail. Femme indépendante et libérée, elle est à la recherche d’une société qui offrirait aux individus l’espace nécessaire pour être eux-mêmes.

Son mari Fen, personnage sombre, s’immerge totalement dans la culture des indigènes mais ne prend pas de notes et ne partage pas ses informations avec sa femme, du fait de la rivalité qui existe entre eux. Nell est en effet déjà très connue du public et reçoit quantité de courrier, jusqu’au plus profond de la jungle.

Bankson ne supportait plus sa solitude et se réjouit de pouvoir côtoyer un couple de confrères. Il s’interroge énormément sur ses méthodes de travail et sur celles de se collègues et les échanges professionnels qu’il a avec Nell sont très fructueux pour tout les deux. Pour sa part, il ne s’installe pas au sein des communautés qu’il étudie. L’irruption des chercheurs au sein de la communauté ne perturbe-t-elle pas l’équilibre du pouvoir et par conséquent les résultats de leurs études ?

 

Bateson and his partner, Margaret Mead
Margaret Mead et Gregory Bakeson

 

« I asked her if you could ever truly understand another culture. I told her the longer I stayed, the more asinine the attempt seemed; and that what I’d become more interested in is how we believed we could be objective in any way at all, we who each came in with our own personal definitions of kindness, strength, masculinity, feminity, God, civilization, right and wrong. »

L’intérêt de ce livre est que  ces trois anthropologues sont avides de découvertes mais questionnent également le sens de leurs recherches.

Leur histoire offre beaucoup de pistes de réflexion : sur la quête de sens, l’humanité, le relativisme culturel, l’éthique dans le domaine des sciences, la liberté ou encore la trahison.

Le triangle amoureux entre ces deux hommes et cette femme est bien traité avec une alternance entre le récit à la première personne de Bakeson, le journal de Nell Stone et une narration à la troisième personne.

Rien à signaler du côté du style de l’auteur mais le sujet est passionnant. Ce roman n’est pas tout à fait euphorisant mais très stimulant !

Bonne lecture !

 

 

 

 

 

 

 

 

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